Société

/ Education »

Un pays malade de ses enfants


15 Mars 1992

Le Québec a le taux d'abandon scolaire le plus élevé en Occident. Visiblement, l'école n'est pas ce qu'elle doit être.

Délinquant, tête forte, paresseux, punk, le décrocheur type... Effacez cette image ! c'est un mythe. En fait, ils bûchent depuis 10 ans, mais l'école et eux, ça n'a jamais cliqué - quatre décrocheurs sur cinq ont doublé au moins une année. La plupart rêvent d'ailleurs de terminer un jour leur secondaire. Mais ils n'en peuvent plus. Le meilleur mot pour les décrire ? « Persévérants», dit Michèle Violette, auteur de la plus récente recherche sur l'abandon scolaire.

« Donnez-moi quelque chose à faire avec mes mains. Vous allez voir que je suis bon », dit Karl Thivierge, décrocheur de 15 ans, qui a triplé son secondaire 3. « On n'est pas des pousseux de crayons», dit Sylvain Laplante, décrocheur à 15 ans.

Depuis 1986, le taux d'abandon scolaire au Québec a augmenté du tiers: il est passé de 27,5 %, la moyenne nord américaine, à 36 %. Il dépasse 42 % chez les garçons! C'est le plus élevé en Occident. Dans le reste du Canada, il n'est que de 28% et aux États-Unis de30 %. Pendant le dernier quart de siècle, l'abandon scolaire est tombé en Suède, de 25 % à 15 %, et au Japon - toujours le Japon - de 28 % à 2 % seulement.

Visiblement, l'école fait mal ce qu'elle doit faire et n'est pas ce qu'elle doit être ? Répond-elle aux besoins ? L'esprit et le climat sont-ils adaptés aux jeunes d'aujourd'hui ? La classe enseignante a-t-elle été bien recrutée, et bien formée ?

L'école québécoise est malade et les pilules ne suffisent plus. Il faut opérer, au plus vite. Ça va coûter un peu d'argent et beaucoup de courage.

« L'école pour tous a été conçue seulement pour quelques-uns », dit Charles Caouette, professeur de psychologie de l'éducation à l'Université de Montréal. « Les politiciens, les pédagogues et les universitaires pensent que le système est bon parce qu'il leur a réussi, à eux.»

L'école de jadis servait une poignée d'élèves privilégiés. Il était courant il y a 30 ans de ne pas aller plus loin que le primaire. Aujourd'hui, tous les jeunes marinent quatre ou cinq ans dans une polyvalente; le malheur, c'est qu'il n'y a qu'une vinaigrette et que tout le monde trempe dans la même assiette !

En 1981, le ministère de l'Éducation a aboli les voies « allégées » et « enrichies »: il n'y a plus que des élèves « réguliers ». Et depuis la réforme de l'enseignement professionnel de 1987, les futurs soudeurs, débosseleurs ou coiffeurs ont les fesses rivées à une chaise jusqu'à la fin du secondaire 4. Leur métier, ils l'apprennent... après. « En plus de bûcher sur tes mathématiques, il faut que tu te battes avec une clarinette ! » explique Caroline Vaisica, 19 ans, qui a quitté l'école après le secondaire 3. Bref, le moule unique, ou le décrochage.

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Commentaires (0)

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage