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Françoise David : la nouvelle immigration nous force à repenser notre laïcité


4 Novembre 2009

Québec solidaire discutera de sa proposition sur la laïcité pour le Québec à son congrès des 21 et 22 novembre prochains. Les participants seront invités à se prononcer sur la pertinence de maintenir l’idée d’une laïcité « interculturelle ». La présidente du parti, Françoise David, répond à nos questions sur les motifs qui ont amené son parti à prôner cette forme de laïcité, favorable au port des signes religieux dans les emplois publics.

Photo : Jacques Boissinot / PC
Photo : Jacques Boissinot / PC

- Votre parti prône la laïcité interculturelle. Comment la définissez-vous?

- L'idée de la laïcité interculturelle, nous l'avons développée dans notre mémoire à la commission Bouchard-Taylor : un État résolument laïque et des institutions laïques. Mais c'est aussi cette idée que le Québec d'aujourd'hui, comme probablement tout le monde occidental, a une immigration récente très différente de celle des années 1940-1960, avec des valeurs, des coutumes, des modes de vie et un rapport à la religion très différents.

La population du Québec ne va plus à l'église. Il s'y est développé cette idée que l'Église, c'est correct, mais le plus loin possible, sauf quand ce qu'elle dit fait notre affaire. C'est dans ce contexte qu'on s'est mis à parler de laïcité interculturelle. Oui à un Québec laïque, mais est-ce qu'on peut vraiment imaginer qu'aujourd'hui la religion va se résumer à faire ses prières à la maison, à ne pas manger ceci ou cela et à aller à la mosquée, à l'église ou à la synagogue, sans plus?  Peut-on vraiment imaginer que les nouveaux arrivants d'aujourd'hui, pour un certain nombre du moins, vont accepter cette coupure entre la vie publique et la vie privée? On a pensé que non.

Pour beaucoup de nouveau arrivants, il n'y a pas cette coupure draconienne entre la religion vécue dans la vie privée et l'expression de cette religion dans la sphère publique. Tout le problème à partir de là est de savoir où on trace la ligne.

- Vous vous prononcez contre l'interdiction du port de signes religieux dans les secteurs public et parapublic. Vos membres vous suivent-ils vraiment sur cette question?

- À l'époque de la commission Bouchard-Taylor, on a consulté nos membres dans quatre assemblées : une à Montréal, une à Québec, une dans l'Outaouais et une dans l'Estrie. On s'est rendu compte que, globalement, l'idée d'une laïcité ouverte ou interculturelle, ça allait. Mais là où il y avait des opinions extrêmement différentes, c'était sur le port de signes religieux dans la fonction publique.

Nos membres de Québec, par exemple, étaient plutôt contre et nos membres à Montréal disaient : c'est quoi la question ? C'était comme 50-50. Le Comité de coordination a finalement tranché en faveur du port de signes religieux dans la fonction publique. Ça fait déjà deux ans que Québec solidaire soutient cette position... et qu'on reçoit des courriels de « bêtises ». Il faut savoir que c'est chez les femmes que cette discussion est la plus émotive pour des raisons tout à fait compréhensibles. La Fédération des femmes du Québec, a pris un an additionnel de consultations et de réflexion parmi ses membres pour arriver à la position du printemps dernier en faveur, elle aussi, du port de signes religieux. Dans l'espace de 10 jours, ils ont reçu 300 courriels de « bêtises ». Nous, si on voulait être extrêmement électoralistes, ce n'est pas la position qu'on défendrait. Parce qu'en ce moment au Québec, visiblement, ça ne passe pas pour une majorité de gens et particulièrement chez les femmes.

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Commentaires (1)

Selon Mme David, «La question

Selon Mme David, «La question qu'il faudrait poser est la suivante : depuis que ce turban est porté par certains policiers de la GRC, quel problème cela a-t-il causé, concrètement?»

Cette façon de regarder la question du port des symboles religieux dans les services publics n’est pas simple, elle est simpliste. Se cacher derrière les nouveaux arrivants pour justifier le retour des règles religieuses dans les institutions publiques n’est pas une position très courageuse. Et c’est faire l’impasse sur le véritable enjeu soulevé par ce débat : qu’est-ce qui doit primer  dans l’espace public et a fortiori, dans les institutions publiques, les règles religieuses ou les règles démocratiques ?

Concernant le port des symboles religieux par des employés des services publics, il faut aller au-delà de la question que pose Françoise David qui refuse de voir les enjeux POLITIQUES posés par les symboles religieux. Pour une politicienne, on avouera que c'est pour le moins paradoxal...
Car les symboles sont des discours et les symboles religieux sont des discours religieux. Les services publics appartiennent à tous les citoyens, peu importe leurs opinions religieuses ou politiques. Travailler dans les services publics est un privilège et non un droit et le moins qu’on puisse faire quand on veut y travailler, c’est de respecter tous les citoyens et les citoyennes, notamment en gardant pour soi ses opinions religieuses et politiques. Afficher ses convictions religieuses dans le cadre de ses fonctions est une négation du devoir de neutralité et de réserve qui est pourtant prévu déjà par la loi.

Dernier détail. Il y a bien longtemps qu‘il n’y a plus de religieux et de religieuses portant des crucifix ostentatoires dans les services publics. Cet argument souvent invoqué pour nier le caractère laïc du Québec devrait être rangé dans le débarras des légendes urbaines. Et Québec solidaire devrait s'atteler à développer une position politique sur la laïcité.

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