Alors que bien des régions se dépeuplent, la Gaspésie voit revenir nombre de ses enfants, animés d’une volonté commune de faire prospérer ce coin de paradis. Certaines entreprises ont même des succursales… à Québec !

Je n'avais plus mis le nez en Gaspésie depuis des siècles. La personne qui m'y a ramené - en plein hiver ! - est une boule d'énergie et d'imagination appelée Claudine Roy. La désormais fameuse Traversée de la Gaspésie en ski de fond, c'est elle tout craché. Le Brise-Bise, l'incontournable resto-bar-boîte-à-chansons-galerie-d'art de Gaspé, c'est elle aussi. Un peu elle encore, le festival Musique du bout du monde Azentic. Tout elle, le 1,2 million de dollars recueillis pour la Fondation du cégep de la Gaspésie et des Îles. Elle encore, la présidente des fêtes, cet été, du 475e anniversaire de l'arrivée de Jacques Cartier à Gaspé.
Claudine Roy a sa Gaspésie tatouée sur le front. « La mer, ça allonge le regard, dit-elle. Tout est possible ici. » Et c'est ce que j'ai ressenti en faisant et refaisant le tour de ce coin de pays fabuleux. J'ai rencontré là des gens pour qui les mots « morosité », « lassitude » ou « défaite » n'existent pas.
Preuve en est le jeune maire de Gaspé, François Roussy, 35 ans. Tout de suite, il me parle de la voie ferrée qui relie Gaspé à Matapédia, au fond de la baie des Chaleurs, et qui a bien failli disparaître en 2005 par manque de rentabilité. Un acheteur proposait de la démanteler. Pour en envoyer l'acier en... Chine. Un consortium d'organismes publics locaux s'est formé. Qui a trouvé auprès des divers ordres de gouvernement les 35 millions de dollars nécessaires pour sauver cette infrastructure. « Le train, c'est essentiel pour nous ; ça nous permet de transporter du bois, des pales d'éolienne, des passagers, voire des touristes », dit l'élu.
Même impression avec un autre jeune maire, Jean-Sébastien Cloutier, 38 ans. Photographe, caméraman, instructeur de deltaplane, longtemps parti « de chez lui », il avait participé, en 2000, à l'aventure d'un documentaire sur la quête d'identité en région. Il y a trois ans, il s'est réinstallé là où il est né, à Mont-Saint-Pierre, village magnifique calé entre mer et montagne, si petit qu'un fonctionnaire le ferait fermer d'un trait de crayon. Son maire, lui, ne pense qu'à l'ouvrir davantage au monde. Avec un de ses concitoyens les plus surprenants, Giovanni Mancini, jeune homme qui a dans les veines l'Italie de son père et la Gaspésie de sa mère, il a relancé une petite station de ski hors piste dans la vallée Taconique, à 10 minutes du village. Avis aussi aux fanas d'escalade de glace (le maire parle de parois « grandioses » en bord de mer) et de deltaplane (il vante « les baleines devant vous et, derrière, les monts Chic-Chocs et les caribous »). Jean-Sébastien Cloutier veut miser sur « le mariage mer et montagne » pour faire de la Gaspésie « un pôle touristique quatre saisons ».






