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Génération X : Monsieur Bovary et Madame Don Juan


11 Août 2011

Le sexe, la famille, les rapports hommes-femmes... la génération X a tout réinventé, constate le sociologue Stéphane Kelly, qui a étudié les 35-50 ans jusque dans leurs moindres obsessions. Entretien.

Génération X : Monsieur Bovary et Madame Don Juan
Photo : David Schmidt/Masterfile

De nos jours, elle est sollicitée par les partis politiques, ciblée par les publicitaires. Ses artistes sont parmi les plus estimés et les plus populaires. La génération X - ces personnes qui ont aujourd'hui de 35 à 50 ans -, la plus nombreuse parmi la population active du Québec, est devenue la référence : on étudie ses besoins, ses désirs, son imaginaire...

Génération très scolarisée, elle ne l'a pas toujours eu facile. À cause des récessions et des crises économiques des années 1980 et 1990, elle a longtemps été obligée de retarder son entrée non seulement dans la vie professionnelle, mais aussi dans la vie adulte : être en couple, avoir des enfants, etc.

Stéphane Kelly, dans son essai À l'ombre du mur : Trajectoires et destin de la génération X (Boréal), couche le patient X sur le divan pour mieux comprendre ses dilemmes, ses frustrations, ses rêves. Et ce qui en ressort est le portrait saisissant d'une génération dont les angoisses et les questionnements sont aujourd'hui largement partagés par l'ensemble de la société. Amour et vie de couple sont-ils compatibles ? Comment assumer notre rôle de père ou de mère sans tomber dans les modèles autoritaires ? L'union libre est-elle une solution de rechange au mariage ? Comment vivre notre sexualité dans un monde où la pornographie est omniprésente ? Que faire de nos rêves de jeunesse ?

Si cet essai tantôt force notre admiration, tantôt nous fait grincer des dents, c'est parce qu'en se penchant sur les chansons, les films et les livres qui ont accompagné cette génération, il traque, de façon polémique, les obsessions des X jusque dans leur chambre à coucher. Rencontre avec un sociologue X inquisiteur.

* * *

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Vous dites que les membres de la génération X se heurtent à un « mur » au début des années 1980. Que voulez-vous dire ?

- Les premiers membres de la génération X arrivent à cette époque-là sur le marché du travail et constatent qu'il y a un écart considérable entre ce qu'on leur a fait miroiter et la réalité. On leur a présenté la société en des termes élogieux, une société qui, comme durant les trente glorieuses [de 1945 à 1975], allait continuer à croître. D'une part, ils éprouvent d'énormes diffi­cultés à intégrer le marché du travail, même si la plupart d'entre eux sont fortement scolarisés. De l'autre, ils arrivent à l'âge adulte sans les balises qui jusque-là aidaient les jeunes à devenir des personnes responsables : décrocher un emploi à temps plein, s'installer avec l'être cher, parfois se marier et accéder à la propriété. C'étaient là les étapes qui nous permettaient d'atteindre un équilibre, fondé sur la famille. Ces balises volent alors en éclats et ne sont pas remplacées. Conséquence : les X entrent dans la vie adulte plus tard que les baby-boomers, la génération qui les précède.

Le regard réaliste et parfois pessimiste des X sur la société n'est-il pas devenu le regard dominant parmi la population ?

- Tout à fait, d'où l'intérêt de se pencher sur cette génération. Il faut comprendre qu'à la croissance des trente glorieuses ont succédé les années difficiles, que j'appelle les « trente vicieuses ». Il s'agit de deux mondes totalement différents, et les membres de la génération X sont les premiers à connaître ce second monde, caractérisé par la mondialisation et les inégalités sociales qui se creusent de nouveau. C'est un monde plus cynique et darwinien, où règne la loi de la jungle. Ainsi, le pessimisme des X, pour qui c'est « chacun pour soi », a fini, je crois, par contaminer l'ensemble de la société. Quand on analyse la publicité, les chansons et les films d'aujourd'hui, on s'aperçoit qu'on n'est plus du tout dans le « tout est possible » des baby-boomers.

Pourquoi dites-vous que l'aspect le plus original du destin des X s'est joué dans le domaine de la vie intime ?

- Les baby-boomers estimaient qu'on pouvait tout réinventer : la famille, l'amour, l'école, le milieu du travail. C'était une nécessité alors, car la société était figée dans le carcan religieux. Mais quand les X arrivent à l'âge adulte, la situation est complètement différente. Les révolutions sexuelle et féministe ont déjà eu lieu et ils en sont les premiers vrais cobayes. Les hommes comme les femmes bénéficient donc d'une plus grande liberté individuelle. De plus de choix. Les rapports sexuels sont plus précoces. Le mariage devient un choix parmi d'autres. La sexualité ne mène pas nécessairement à la procréation. Et une grossesse non désirée ne mène pas nécessairement à un enfant. Pour de nombreux X, la vie intime ressemble à une longue expérimentation, au centre de laquelle ils placent le couple. Il est indéniable que cette expérimentation, ces nouvelles valeurs ont fini par gagner toute la société.

Beaucoup d'hommes de la génération X sont, dites-vous, des « messieurs Bovary ». Qu'entendez-vous par là ?

- Dans les années 1970, les baby-boomers ont défendu avec force le mariage d'amour et c'était tout à fait légitime. On cherchait alors à justifier l'importance de l'affectif, de la sentimentalité. On exigeait des hommes qu'ils communiquent davantage, qu'ils développent leur aspect féminin, qu'ils soient moins machos. En somme, on leur demandait de devenir des « hommes roses ».

Monsieur Bovary, lui, figure issue de la génération X et dont le nom m'a été inspiré par l'héroïne mélancolique de Gustave Flaubert, n'est pas tout à fait comme « l'homme rose ». Il se distingue par le fait qu'il rêve d'un amour idéal et qu'il se désole de ne pouvoir l'atteindre. Monsieur Bovary vit un drame perpétuel, qu'il soit seul ou en couple. C'est une sorte de « romantique exacerbé ». On retrouve par exemple ce type d'homme dans les chansons de Daniel Bélanger, Dédé Fortin (des Colocs), Jean Leloup et Éric Lapointe. Attention, je ne prétends pas que chaque homme X est un monsieur Bovary. Je dis seulement que la pression qu'exerce la société sur les hommes, en leur répétant de ne pas être des « maudits machos », a conduit à la création de cette nouvelle créature.

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Commentaires (4)

Cet article saute du coq à

Cet article saute du coq à l'âne et ce sociologue semble nous livrer en vrac des impressions personnelles. J'espère que son livre est plus étoffé, que ses conclusions ne sont pas que des coups de gueule pour attirer la galerie. Mentionner en preuve qu'une femme désire aller cruiser sur d'autres continents pour trouver des hommes plus virils que les faibles québécois me fait douter du sérieux de l'article.
Je ne crois pas que ce soit un phénomène généralisé et je ne crois pas qu'un "scientifique" en puisse tirer des conclusions sérieuses. Est-ce que le livre est développé avec la même désinvolture?

Je suis une Y de 29 ans, et

Je suis une Y de 29 ans, et même s'il est vrai que l'article semble généraliser, j'y reconnais les X de mon entourage. La cousine célibataire qui a fait le tour du globe et a eu un chum dans presque chaque pays, l'amie retombée sur le marché de la cruise après 15 ans en couple, la belle-soeur et le beau-frère en union de fait depuis deux décénnies et parents de deux ados mais jamais mariés et tous leurs biens sont à son nom à elle... les généralisations, parfois, ont leur raison d'être. Je remarque aussi des patterns chez les Y, comme un certains retour au conservatisme, comme le mariage, les femmes qui s'intéressent aux arts ménagers, etc.

L'impression étrange que la

L'impression étrange que la lecture de cet article me laisse est que le parcours des X se répète pour les Y.

L'egalité entre hommes et

L'egalité entre hommes et femmes des temps modernes pose a des niveaux plus dramatiques que jamais l' eternel conflit entre la biologie et l'etre social qui constitue la nature humaine.
Pour commencer et sans aucun jugement je remarque qu' aujour'dui le succès est plus important que le bonheur et cela marque aussi les rapports humains.

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