Le moins que l’on puisse dire, c’est que le Dr Jacques Desnoyers, président de l’Association d’orthopédie du Québec (AOQ), a lancé tout un pavé dans la mare avant de partir pour Haïti. Les orthopédistes qui vont porter secours à la population haïtienne doivent-ils être payés par le Québec ?

Aide tarifée
Quelques jours avant de partir pour Saint-Marc, une petite ville au nord de
Port-au-Prince, le Dr Jacques Desnoyers a envoyé une lettre au ministre de la
Santé et des Services sociaux, le Dr Yves Bolduc, dans laquelle il lui demande
de « permettre que les médecins spécialistes qui œuvreront à Haïti puissent
recevoir le per diem, et ceci, même les samedis et les dimanches », soit
704 $ par jour nous a-t-on précisé à l'AOQ.
Une requête pour le moins surprenante, selon le Dr Benoît Émond, chirurgien à
Sainte-Agathe-des-Monts, qui a participé à trois missions au Congo, en
Centre-Afrique et en Irak pour Médecins sans frontières. « J'aurais été un peu
gêné de faire une telle demande. Tu pars aider des gens qui sont complètement
démunis. Tu le fais par bonne volonté. Bien sûr, il y a des répercussions sur
tes patients, ta pratique, mais de là à dire qu'il ne faut pas qu'il y ait des
répercussions sur le portefeuille, c'est une autre histoire. »
Un
dédommagement ?
La demande a beau avoir été faite «bien candidement », nous dit le Dr Louis
Bellemare, vice-président de l'AOQ, il y a tout de même une question de
portefeuille. « Les orthopédistes, contrairement à bien d'autres spécialistes,
ont souvent des bureaux privés qui continuent à tourner avec des secrétaires à
payer. Alors, on demande au gouvernement si on ne peut pas avoir un incitatif »,
explique t-il. Il avoue par ailleurs que le Dr Desnoyers a envoyé sa lettre en
se demandant aussi si cette forme de dédommagement ne permettrait pas à
certains de ses collègues de rester plus longtemps en Haïti.
Depuis plusieurs années, la fondation de l'AOQ aide à l'enseignement en Haïti
et a beaucoup de contacts dans ce pays. C'est donc tout naturellement que
plusieurs de ses membres ont décidé de s'y rendre par leurs propres moyens pour
aller aider leurs amis. « Rien ne s'est fait officiellement et dès qu'ils ont
pu s'organiser, ils sont partis », souligne le Dr Bellemare.
Le
débat est lancé
Une onde de choc a pourtant bien été déclenchée. Québec confirme la réception
de la lettre du Dr Desnoyer et prépare pour l'instant sa réponse. Dans le quotidien La Presse, le président
de la fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette,
s'interroge à titre personnel. « Les pompiers et les policiers qu'on a envoyés
là-bas pour donner un coup de main en Haïti continuent d'être rétribués;
pourquoi devrait-il en être autrement pour les médecins ? »






