Société »

Haïti : devrait-on payer les orthopédistes ?


29 Janvier 2010

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le Dr Jacques Desnoyers, président de l’Association d’orthopédie du Québec (AOQ), a lancé tout un pavé dans la mare avant de partir pour Haïti. Les orthopédistes qui vont porter secours à la population haïtienne doivent-ils être payés par le Québec ?

photo :Cplc David Hardwick

Aide tarifée

Quelques jours avant de partir pour Saint-Marc, une petite ville au nord de Port-au-Prince, le Dr Jacques Desnoyers a envoyé une lettre au ministre de la Santé et des Services sociaux, le Dr Yves Bolduc, dans laquelle il lui demande de « permettre que les médecins spécialistes qui œuvreront à Haïti puissent recevoir le per diem, et ceci, même les samedis et les dimanches », soit 704 $ par jour nous a-t-on précisé à l'AOQ.

Une requête pour le moins surprenante, selon le Dr Benoît Émond, chirurgien à Sainte-Agathe-des-Monts, qui a participé à trois missions au Congo, en Centre-Afrique et en Irak pour Médecins sans frontières. « J'aurais été un peu gêné de faire une telle demande. Tu pars aider des gens qui sont complètement démunis. Tu le fais par bonne volonté. Bien sûr, il y a des répercussions sur tes patients, ta pratique, mais de là à dire qu'il ne faut pas qu'il y ait des répercussions sur le portefeuille, c'est une autre histoire. »

Un dédommagement ?

La demande a beau avoir été faite «bien candidement », nous dit le Dr Louis Bellemare, vice-président de l'AOQ, il y a tout de même une question de portefeuille. « Les orthopédistes, contrairement à bien d'autres spécialistes, ont souvent des bureaux privés qui continuent à tourner avec des secrétaires à payer. Alors, on demande au gouvernement si on ne peut pas avoir un incitatif », explique t-il. Il avoue par ailleurs que le Dr Desnoyers a envoyé sa lettre en se demandant aussi si cette forme de dédommagement ne permettrait pas à certains de ses collègues de rester plus longtemps en Haïti.

Depuis plusieurs années, la fondation de l'AOQ aide à l'enseignement en Haïti et a beaucoup de contacts dans ce pays. C'est donc tout naturellement que plusieurs de ses membres ont décidé de s'y rendre par leurs propres moyens pour aller aider leurs amis. « Rien ne s'est fait officiellement et dès qu'ils ont pu s'organiser, ils sont partis », souligne le Dr Bellemare.

Le débat est lancé


Une onde de choc a pourtant bien été déclenchée. Québec confirme la réception de la lettre du Dr Desnoyer et prépare pour l'instant sa réponse. Dans le quotidien La Presse, le président de la fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette, s'interroge à titre personnel. « Les pompiers et les policiers qu'on a envoyés là-bas pour donner un coup de main en Haïti continuent d'être rétribués; pourquoi devrait-il en être autrement pour les médecins ? »

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Moyenne : 4.3 (3 votes)

Commentaires (18)

si , au départ, l intention

si , au départ, l intention était de faire du BÉNÉVOLAT, pas question d être payés...sinon cela devient de l hypocrisie......si ils ne sont pas contents ...QU ILS REVIENNENT ICI...s occuper de leurs clients délaissés par opportunisme , de leurs secrétaires et de leurs bureaux......HAITI A BESOIN D AIDE, PAS DE CORROMPUS....lesprofiteurs, corrompus et magouileur HAITI en a eu son lot....merci

Il faut rejeter cette demande

Il faut rejeter cette demande qui est insensée dans un tel contexte. Évidemment il faut reconnaître le travail vraiment exceptionnel qui est fait en Haïti par les orthopédistes et la est grave là-bas c'est vrai. Mais c'est une situation qui demande le don de soi et justement si on devient bénévole c'est pour faire le don de soi pour redonner aux autres ce que la vie nous a apporté. De plus donner c'est aussi recevoir.
Ceci dit le système de la santé est déjà assez complexe pour ne pas ajouter un tel débat, surtout qu'il ne s'agit pas de travailler au Québec. Comme dit de Dr Émond, c'est très gênant cette requête, en fait dérangeant. Je ne crois pas que quelqu'un d'une classe privilégié ne puisse faire tourner son cabinet pour une absence de quelques jours ou quelques semaines... Donner c'est aussi recevoir, cette fois vous aurez autre chose que de l'argent... Le gouvernement ne met pas ses culottes s'il entre dans ce débat. En plus comparer ça à d'autres corps de métier envoyés là-bas... On en peut changer les règles en cours de route, dire je pars bénévole et puis hop! non finalement je veux être payé... complètement ridicule!

Je n'ai pas compris cette

Je n'ai pas compris cette sorte de bénévolat. C,est une autre chose ce qu'on voit ici. On ne peut pas imposer sur les autres des frais de notre décision lorsqu'on a décidé en pleine liberté et autonomie de laisser son bureau ici pour s'en aller à ses propres comptes faire du bénévolat ailleurs. Est-ce que, finalement, 'ils ont régreté de leur charité et se sentent trompés par leur sentiment de solidarité désintéressée? Pourquoi ne sont ils pas rejoint aux MSF pour renforcer la structure de cette organisation e recevoir ce qu'ils reçoivent pour leur travail? J'ai l'impression que les orthopedistes font du chantage sur le dos des Haitiens malades.

NON ****AIRE! Bénévolat = 0

NON ****AIRE!

Bénévolat = 0 salaire

Ils gagnent plus que la moyenne des citoyens, ils ont donc plus de latitude pour donner de leur temps et de leur savoir faire.

Dans tous les nombreux

Dans tous les nombreux reportages que j'ai vus avant leur départ ,il ne fut jamais question de rémunération,mais bien de bénévolat( don de soi soi et ses talents) Étrange, qu'après quelques semaines, la question argent fasse surface; ces médecins qui méritent par ailleurs tout notre estime auraient quand même pu et du faire connaitre leurs intentions avant de partir il me semble.Au ministre Bolduc de se faire valoir maintenant.

«Charité bien ordonnée

«Charité bien ordonnée commence par soi-même»
Une honte pour le Québec tout entier!

Je suis particulièrement

Je suis particulièrement attristé de voir que nous nous posons de tels questions, ne sommes nous pas en mesure de répondre à une tel situation qui... de toute évidence, sort de l'ordinaire.
Nous en sommes à nous demander si nous devons ou non rémunérer des personnes qui décide de se déplacer pour aider des personnes qui de toutes évidences en ont besoin.
J'aimerais l'espace d'un instant voir si .. tous ceux qui se demande si nous devons ou non payer les orthopédistes... si eux mêmes seraient prêts à se déplacer dans un tel contexte...
En substance, je crois que nous du Québec... qui nous disons proche de Haïti... pouvons par de tel démarche... aider un temps soit peu... ce qui malheureusement afflige les plus démuni de nous tous...

Bénévoles ou "malovoles"? Se

Bénévoles ou "malovoles"?
Se comparer à d'autres professionnels rémunérés qui n'ont pas choisi d'eux-mêmes cette mission, c'est faire preuve d'un manque de discernement total.
Si je comprends bien ces médecins-entrepreneurs, ils agissent comme des industriels qui, pour aller offrir leurs services là-bas, demanderaient à leurs clients de payer des produits qu'ils n'auraient pas reçus, ceci pour palier leurs manques à gagner.
Car le gouv. du Québec n'est rien d'autre que le mandataire des clients de ces médecins.
Par ailleurs, l'équivalent monétaire de ce qu'ils exigent serait diablement plus performant dans la présente lutte s'il était expédié aux organismes de VRAIS bénévoles déjà sur place et bien préparés à répondre aux besoins locaux.

vous comprenez l'astuce du

vous comprenez l'astuce du DR? quand il parle d'un per diem de 800$ lorsqu'il travaille au quebec(c'est le minimum) si je comprends bien, il veux dire qu'il fait de l'aide humanitaire a ce prix-la?

Par bénévolat, on entend:

Par bénévolat, on entend: offrir ses services gratuitement pour une cause. Alors, si les orthopédistes ne sont pas de vrais bénévoles, ils peuvent revenir ici et toucher leur salaire habituel. Cette demande est honteuse, indécente. Les médecins peuvent revenir ici, car déjà on manque de médecins. Ici, je cherche un médecin depuis un an et aucune clinique ne veut me prendre. Devrais-je me rendre à Haiti pour espérer recevoir des soins plus rapidement qu'ici ? Je comprends bien ce peuple qui a besoin d'aide, je comprends très bien. Mais quand on fait du bénévolat, on ne peut pas exiger d'être payé, c'est un non-sens inacceptable.

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage