Horaires atypiques : la nouvelle réalité

L’expression « 9 à 5 » est-elle vouée à disparaître ? Une chose est sûre : les salariés qui s’assoient tous les jours aux mêmes heures sur la même chaise au même poste de travail sont dorénavant minoritaires.

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Horaires atypiques : la nouvelle réalité

Photo : iStockphoto

Les travailleurs autonomes n’ont plus l’apanage de la liberté en ce qui concerne les lieux et heures de travail. Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à donner de la latitude à leur personnel. Entre le temps partiel, les horaires décalés pour éviter les déplacements aux périodes de pointe, les semaines comprimées et le télétravail, une multitude d’arrangements se négocient, facilités par les progrès de la technologie.

Ce sont les salariés qui ont forcé les employeurs à évoluer, en demandant avec de plus en plus d’insistance des accommodements leur permettant de mieux équilibrer leur temps professionnel et leur vie personnelle. Et comme la pénurie de main-d’œuvre pointe son nez dans bien des domaines, les patrons sont à l’écoute.

« Pour attirer les meilleurs et les retenir, les employeurs n’ont pas d’autre choix que d’améliorer leurs pratiques », souligne Diane-Gabrielle Tremblay, professeure d’économie et de gestion des ressources humaines à la Télé-université de l’Université du Québec. « Une entreprise qui est trop rigide va perdre ses employés », renchérit Bob Fortier, consultant pour la mise en place du travail à distance et président de l’Association canadienne du télétravail.

Surtout que les nouveaux venus sur le marché de l’emploi, les jeunes de la génération Y (les 15 à 31 ans), n’acceptent pas les mêmes contraintes que leurs aînés. « Ils ont besoin d’autonomie, de liberté et sont très interconnectés, explique Marie-Hélène Jobin, professeure de gestion des opérations et de la logistique à HEC Montréal. L’équilibre travail-famille est une priorité pour eux. Le patron intelligent doit faire de la place à ces nouveaux employés, parce qu’il ne peut se permettre de les snober. »

Non seulement cette main-d’œuvre exige la liberté de mouvement et l’utilisation des technologies pour se faciliter la tâche, mais elle n’aime pas qu’on lui dise comment faire son boulot. « Par tempérament, elle déteste l’encadrement trop strict et la hiérarchie », poursuit Marie-Hélène Jobin.

C’est ici qu’entre en jeu la gestion par résultats, une nouvelle philosophie très tendance dans le monde des ressources humaines. Selon ce concept, le patron n’a pas à se préoccuper de savoir où, quand et comment le personnel fait son travail, tant que les résultats attendus sont au rendez-vous. Cette façon de fonctionner est tout à fait compatible avec le désir d’indépendance des jeunes salariés.

« Il est fini le temps où on payait un employé pour chauffer sa chaise pendant un certain nombre d’heures au bureau. Maintenant, on le rémunère pour ses compétences et pour ce qu’il réalise », soutient Steeve Montour, qui applique lui-même la gestion par résultats dans sa petite entreprise du secteur des technologies de l’information, BGPM Consultation et Gestion. « En plus, ça permet une meilleure qualité de vie et c’est plus motivant pour l’équipe. Mais beaucoup de gestionnaires ont encore l’impression qu’ils doivent avoir leur personnel sous les yeux pour s’assurer qu’il travaille. »

Pourtant, la gestion par résultats et les options de travail flexibles ont fait leurs preuves, selon nombre d’études. Par exemple, une recherche menée en 2009 au Royaume-Uni par la Cranfield School of Management révèle que les employés ayant un horaire flexible ou travaillant de leur domicile sont plus productifs, plus satisfaits de leur boulot, moins stressés et plus loyaux. Ces salariés estiment que leur patron leur accorde un privilège et, en retour, mettent plus d’ardeur à l’ouvrage. Le fabricant d’équipement de télécommunication Cisco a constaté la même chose avec ses télétravailleurs : 60 % du temps de transport économisé est consacré à l’entreprise.

Évidemment, la flexibilité est inaccessible dans de nombreux secteurs d’emploi. La majorité des infirmières, policiers, enseignants, ouvriers d’usine, préposés au service à la clientèle et bien d’autres sont astreints à un horaire strict. Ils ne font pas nécessairement du 9 à 5, mais n’ont pas beaucoup de maîtrise sur leur emploi du temps.

 

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LE TRAVAIL ATYPIQUE EST DEVENU LA NORME

Difficile de connaître le nombre de personnes qui bossent de 9 h à 17 h, du lundi au vendredi, pou un même employeur. Selon Diane-Gabrielle Tremblay, professeure à la Télé-université et spécialiste du télétravail, une minorité doit aujourd’hui respecter cet horaire « traditionnel ».

Voici quelques chiffres qui donnent un portrait de la situation au Québec.


Les travailleurs autonomes représenten­t

15 %

de la population active, et

55 %

d’entre eux exercent leur profession à domicile – on présume qu’ils sont maîtres de leur horaire.

 

37 %

de la population active occupe un emploi atypique (temporaire, à temps partiel ou autonome, ce qui n’inclut pas les salariés ayant un horaire flexible ou travaillant à domicile).

 

25 %

des employés ramènent de six à huit heures de boulot à la maison chaque semaine.

 

10 %

des salariés travaillent à domicile de façon régulière. Selon Bob Fortier, consultant en travail à distance, « il est difficile de dresser un portrait précis de la situation, parce que le télétravail et les horaires flexibles sont souvent négociés de façon informelle avec les patrons ».

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