Société »

Ici, on soigne des personnes !


12 Septembre 2007

Les hôpitaux de Montréal ont désormais des politiques pour répondre aux demandes d’accommodements. L’égalité hommes-femmes est importante. Mais la santé passe avant tout.

Au Québec, les patientes qui exigent de ne pas partager leur chambre d’hôpital avec un homme, ce sont le plus souvent... des Québécoises de souche âgées ! Bye-bye le préjugé sur les accommodements raisonnables qui seraient liés seulement aux croyances religieuses. Et aux nouveaux arrivants…

« Les demandes de traitement particulier sont l’exception plutôt que la règle », assure Pascal Mailhot, de la Direction des communications de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal.

En fait, voyant la tourmente qui se déchaînait l’an dernier, les hôpitaux de l’île de Montréal qui n’avaient pas de politique en la matière se sont empressés d’en élaborer une. Aujourd’hui, dans les établissements de santé montréalais mais aussi ailleurs au Québec, on pratique la souplesse, la personnalisation des soins, l’approche interculturelle. Et on refuse vigoureusement de confondre ces mesures avec des « accommodements raisonnables » !

« Peu importe l’origine des usagers, on a toujours la même approche », dit Line Déziel, du programme de pédiatrie générale à l’Hôpital Sainte-Justine, établissement qui a une politique depuis près de cinq ans. « On va tâcher de satisfaire le patient, sa famille, tant que ça ne tombe pas dans une zone plus vulnérable et critique — qui toucherait la sécurité de la personne traitée ou la prévention des infections, par exemple. »

Avec l’accroissement, depuis 10 ans, de l’immigration en provenance d’Afrique du Nord et, plus récemment, de pays comme le Pakistan et l’Inde, on a bien observé une hausse du nombre de demandes de la part de femmes musulmanes qui désirent être soignées par des femmes — et parfois même l’exigent. Surtout en obstétrique et pour des échographies. « Mais même chez les patientes musulmanes, de telles demandes restent l’exception », insiste Pascal Mailhot. Et les incidents sérieux sont rares.

Un cas, au Centre hospitalier de St. Mary, à Montréal, est survenu il y a un peu plus de deux ans, raconte l’ombudsman Caroline Roy. Un homme dont la femme devait subir une échographie et qui attendait avec elle s’est brièvement absenté. À son retour, la patiente était dans la salle d’examen, avec un spécialiste masculin. Le mari s’est emporté. Le personnel, disait-il, aurait dû savoir, du seul fait qu’elle portait le hidjab, que sa femme n’accepterait pas d’être vue par un homme. Celle-ci n’avait pourtant rien demandé. Le mari ne décolérant pas et le personnel se sentant menacé, quelqu’un a appelé la sécurité. Les époux ont été conduits au bureau de l’ombudsman. Caroline Roy a eu beau expliquer que la patiente aurait dû clairement exprimer son désir d’être examinée par une femme — toutes les musulmanes ne font pas cette demande —, rien n’y fit. Le couple a finalement tourné les talons sans que l’examen ait lieu.

L’ombudsman de St. Mary dit n’avoir eu à faire face, en cinq ans, qu’à un seul autre épisode pénible en obstétrique. Mais elle reconnaît que tous les cas n’atterrissent pas sur son bureau.

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