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La terre promise des Québécois


5 Février 2010

C’est un quasi-continent. Une terre immense et riche que les Québécois méconnaissent. Un nouveau livre invite à découvrir le nord du Québec, clé de leur avenir et de leur identité.

Un nouveau livre invite à découvrir le nord du Québec
Photo : Mathieu Dupuis

Il y a 150 ans, l'Ouest était l'avenir des États-Unis. Aujourd'hui, la Sibérie est l'avenir de la Russie. Quant au Québec, on ne peut douter que le Nord jouera demain un rôle clé non seulement dans sa prospérité, mais aussi dans son identité.

Ce Nord, comment le nommer ? Sûrement pas Nouveau-Québec, puisque l'on y erre depuis bientôt 400 ans. Baie-James, avec ou sans trait d'union, avec ou sans « de » ? Jamésie ? Radissonie ? Ungava, qui est limitatif ? Eeyou Istchee (terre des Cris), qui serait une cession ? Québec-Nord ? Pourquoi pas tout simplement le Québec, puisque cet État s'étend du 45e au 63e parallèle...

Jusqu'ici, il n'était pas aisé de trouver un ouvrage qui permît de découvrir, ne serait-ce que dans un fauteuil, la réalité de ce quasi-continent. Les Québécois préfèrent la Floride à leur grenier. Mais François Huot, géologue, et Jean Désy, médecin et écrivain habitué de la grande nature nordique, nous font explorer ce territoire dans La Baie-James des uns et des autres. On y avance étape par étape, depuis les cratères creusés par les météorites dans un socle vieux de trois milliards d'années jusqu'aux explorations actuelles, en passant par l'époque de la traite des fourrures, celle de l'exploitation forestière, puis l'arrivée d'Hydro-Québec avec ses travaux pharaoniques.

Cet album de belle facture révèle aux Québécois la plus grande partie de leur pays, inconnu malgré 50 ans de débats publics et 350 ans de présence, et une somme d'investissements égale au PIB de la province. Des centaines de photos, anciennes et récentes, font découvrir la diversité et la beauté de paysages que des siècles de tâtonnements et d'efforts n'ont guère changés.

On y trouvera nombre d'anecdotes : qui connaît l'Antre de marbre, mystérieuse grotte découverte en 1730 par un mission­naire jésuite et qui fut pendant des siècles le centre d'un commerce de pointes de flèches et de couteaux de quartzite ? Qui sait qu'à Joutel-la-disparue (là-bas, les villages naissent et meurent en moins de 20 ans, ceux d'Hydro-Québec comme les autres) les rues s'appelaient Topaze, Quartz, Émeraude, Zircon ou Grenat ? Un des auteurs s'est chargé des textes scientifiques et économiques, l'autre apporte le lyrisme que suscite chez lui sa longue fréquentation du Nord.

On peut regretter le manque de cartes géographiques. Pour situer tous les lieux évoqués, on aura intérêt à en trouver de bonnes. On regrette aussi l'anglicisme courant qui fait confondre chez nous rivières et fleuves (un fleuve est « un cours d'eau important, long et au débit élevé, comptant de nombreux affluents et se jetant dans la mer »), la vingtaine de puissants cours d'eau du Nord étant vraiment des fleuves. Il est vrai que, pour les Québécois, il n'existe qu'un fleuve, le fleuve !

Il faut surtout regretter, enfin, que cet ouvrage nécessaire n'englobe pas l'ensem­ble du Nord québécois, plutôt que le seul bassin de la baie de James. Le Québec nor­dique comporte quatre autres grandes zones tout aussi importantes.

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