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Laïcité : le Québec ne doit pas envier la France

4 Novembre 2009

Jean Baubérot est un spécialiste internationalement reconnu sur les questions de laïcité. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, dont un porte sur le Québec : Une laïcité interculturelle – Le Québec, avenir de la France ? (éditions de l’Aube). Il a répondu à nos questions depuis son domicile parisien.

Au nom de la laïcité, le Mouvement laïque québécois réclame l'abolition de toute subvention aux écoles privées, ce qu'il n'est d'ailleurs pas le seul à faire. Est-ce un argument que vous reconnaissez ?

- On ne le réclame plus en France. Mais il faut que l'État surveille l'emploi de cet argent public. La contrepartie, en France, c'est que les écoles privées sous contrat avec l'État doivent adopter les mêmes programmes que les écoles publiques et respecter la liberté de conscience des élèves. Les activités religieuses ont droit de cité à l'école, mais elles ne doivent pas être obligatoires. Il n'est pas contraire à la laïcité de subventionner un secteur privé pourvu qu'il concoure à un service public en respectant les règles du service public pour ce qui est des programmes.

Le crucifix trône toujours, bien en vue, à notre Assemblée nationale. Vous, le garderiez-vous ?

- Non. Autant il est normal de garder les signes patrimoniaux, comme la croix du mont Royal, autant je pense que Charles Taylor avait raison : la place du crucifix est dans un musée de l'Assemblée nationale mais pas sur la tête des députés, parce que là, on confond société civile et société politique. La société politique ne doit pas être sous l'égide d'un signe religieux, même si c'est symbolique. Le mur de séparation entre l'État et la religion n'est plus respecté.

Vous dites que les Québécois auraient tort de s'inspirer du modèle traditionnel français, vous dites même, dans votre blogue, que le modèle « républicaniste » français est en faillite.

- Ce modèle républicain date de la Révolution. Sous la troisième République [1870-1940], il a été très libéralisé. La Révolution disait : pas de corporations, pas d'intermédiaires entre l'individu et l'État. Mais la troisième République, avec ses lois sur la liberté de la presse, les réunions, le colportage [libre distribution des imprimés] et les associations et avec sa loi sur la séparation des Église et de l'État [1905], a créé ce que les sociologues appellent une société civile.

Le paradoxe, c'est que depuis 1989, depuis le bicentenaire de la Révolution, certains ont voulu revenir à l'esprit de 1789, ce que j'appelle le « néo-républicanisme français » : il y a une très grande méfiance à l'égard de la société civile, ce qui ne correspond pas du tout à ce qu'a fait la troisième République.

Comment cela s'explique-t-il ?

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