Qui n’a pas assisté à des cérémonies pathétiques, avec un célébrant un peu perdu et des choix musicaux discutables ? En congédiant la religion et le sacré, a-t-on perdu trop de solennité ?

Il y a de la mort dans l'air cet automne. Au Québec comme ailleurs, on ne compte plus les expositions, les colloques, les reportages et les ouvrages qui se consacrent au thème de la mort. Signe des temps, même le Dr Richard Béliveau et son collègue Denis Gingras, auteurs du best-seller mondial Les aliments contre le cancer, s'y sont mis. Ils lancent un nouvel ouvrage, La mort : Mieux la comprendre et moins la craindre pour mieux célébrer la vie (Trécarré) - comme quoi le curcuma, le brocoli et la panoplie des antioxydants ne rendent pas l'homme éternel. Leur intention ? « Démystifier, à l'aide de la science, les mécanismes impliqués dans la mort et apporter un regard neuf sur ce qui demeure l'ultime tabou de notre société. »
L'ultime tabou ? De moins en moins. Au Musée québécois de culture populaire et dans d'autres musées de Trois-Rivières, une douzaine d'expositions abordent directement le thème de la mort. En France, le magazine Le Point a publié récemment un numéro spécial intitulé « Penser la mort », dans lequel on reprenait les textes fondamentaux de Platon, Sénèque, Confucius, Camus, Pascal et Épicure. Mise sur pied par Québec, une vaste consultation populaire sur la question de l'euthanasie et l'importance de « mourir dans la dignité » suscite par ailleurs un engouement inattendu cet automne. Au moment d'amorcer sa tournée dans la province, début septembre, la commission chargée de la consultation avait reçu plus de 200 mémoires, et quelque 3 500 personnes avaient répondu à un questionnaire dans le site Internet du gouvernement.
Pourquoi la mort nous préoccupe-t-elle soudainement à ce point ? Sans doute d'abord pour des raisons démographiques. Car le choc de la finitude et son cortège d'angoisses rattraperont sous peu des dizaines de milliers de Québécois appartenant à la génération des baby-boomers. Les prévisions démographiques annoncent en effet pour les prochaines décennies un véritable death boom. Relativement stable, le nombre de décès au Québec augmente d'environ 1 % par année depuis 50 ans et a atteint en 2008 un record de 56 800. Or, on prévoit une véritable hécatombe dans 20 ou 30 ans. Le nombre de décès au Québec en 2040, rappelle l'Institut de la statistique, sera de plus de 100 000, soit près du double de celui d'aujourd'hui. Le même phénomène touchera l'ensemble du Canada au cours des 25 prochaines années, peut-on lire dans un document produit par la Fédération des coopératives funéraires du Québec. Le nombre de décès passera de 243 500 en 2009-2010 à 375 400 en 2035-2036.
Les dirigeants des quelque 300 entreprises funéraires que compte le Québec s'en frottent discrètement les mains.





