Ma jupette, ton turban

Dans toutes les discussions au sujet du port du turban sur les terrains de soccer québécois, il ne faudrait surtout pas oublier la réalité et la fraternité du sport, croit Carole Beaulieu, rédactrice en chef de L’actualité.

par
Photo : Ryan Remiorz / Presse canadienne

Photo : Ryan Remiorz / Presse canadienne

Le turban sikh est identitaire plus que religieux, comme le rappelait si bien il y a cinq ans cet excellent reportage de Michel Arseneault.

Au Penjab, lieu de naissance du gourou Nanak Dev et du sikhisme au XVe siècle, plus de 80 % des jeunes des zones rurales vont désormais nu tête. Dans une université qui porte le nom du gourou, c’est plus de 70 % ! La modernité fait son œuvre là-bas comme ici.

Les parents canadiens qui insistent pour que leurs enfants portent un turban pour jouer au soccer – au nom de la liberté religieuse – ne demandent étonnamment pas que leurs enfants respectent les cinq règles enseignées par le gourou, et dont ne fait pas partie le turban. (Les règles en question : utiliser un peigne deux fois par jour, garder ses cheveux longs et porter un kirpan, un bracelet de fer et une culotte représentant la chasteté.)

Pourquoi seul le turban doit-il faire son entrée au soccer ? Que faut-il en comprendre ?

Ce symbole de tissu identitaire perd du terrain dans la patrie même du sikhisme parce que les mères, qui travaillent, n’ont plus le temps de peigner les longs cheveux de leurs fils !

Aux Jeux olympiques de Pékin, seuls des Canadiens portaient le turban sikh. Pas un seul Indien.

Au Canada, des plumes d’aigle figurent désormais sur les armoiries des services de police autochtone du Canada et non sur la tête des policiers. Ainsi en va-t-il des symboles.

Loin de leurs pays d’origine, les citoyens d’origine sikh bataillent pour que leurs enfants conservent une part de leur héritage. On comprend leur besoin. Mais si ce symbole est si important, pourrait-il devenir une broderie sur un chandail de soccer ?

Le sport aussi est une religion qui a ses codes, notamment un uniforme qui rassemble au lieu de diviser.

Les parents sikhs peuvent bien évidemment invoquer la Charte des droits. La Fédération canadienne de soccer peut bien sévir contre la québécoise. Rien de cela n’empêchera la modernité d’avancer. Mais nous aurons perdu beaucoup de temps en discussions stériles, bien éloignées de la réalité et de la fraternité du sport.

 

8 commentaires à propos de “Ma jupette, ton turban

  1. Vous nous offrez ici le commentaire le plus pertinent sinon le plus intelligent de tout ce que j’ai pu lire depuis le début de cette saga. Bravo.

  2. Véritable débat ou juste pour rire… Il y a tellement de problèmes réels…, c’est vrai je ne suis pas politicien???

  3. Enfin un texte qui fait du sens. merci pour avoir élargi notre champs de connaissances sur les pratiques religieuses Sikh. J’espère que les élus et le public liront.
    Je pense que les québécois et canadiens ont intérêt à départager le religieux des traditions. Il y a beaucoup de confusions à ce sujet ce qui crée des malentendus et des conflits. C’est à se demander s’il n’y a pas de l’activisme derrière « ce tapage médiatisé ». Qu’arrivera-t-il lorsqu’un sikh voudra jouer au hockey sans porter un casque? Farfelu dires-vous, et bien pas tant que cela.
    Un juge de l’Ontario a donné raison a un gardien de sécurité d’origine sikh de ne pas porter le casque de sécurité, voir
    http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/archives/2010/07/20100702-222302.html
    Pour ma part je pense qu’il est temps de recentré la mission de la charte des droits et libertés de la personne sur les vrais enjeux de sociétés dont le climat social et le partage de la culture de la terre d’accueil. l’intégration c’est une co-responsabilité, il ne peut y avoir de succès à sens unique.
    Je suis curieuse d’aller dans les fondements de la religion sikh pour connaître ce qui est prescrit aux adeptes de cette religion qui vivent à l’extérieur de leur pays d’origine. Votre texte démontre que certaine personnes quittent leur pays et communauté et oublie de suivre l’ évolution des pratiques.
    L’information sur les jeux de Pékin devrait en faire réfléchir plusieurs…à suivre

  4. Si nous acceptons qu’un mal soit parfois nécessaire, alors une « religion » peut bien dicter à ses fidèles croyants la façon de se vêtir pour accéder au paradis.
    Par contre, laisser les  » religions  » dicter les lois et règlements quant à la pratique des sports est un mal  » non nécessaire « .
    André Drouin Hérouxville Qc

  5. Madame Beaulieu: MERCI!

    J’ajouterais: ENFIN! et re-merci.

  6. Quelle arrogance! Qu’est-ce qui vous fait croire que vous avez le droit de donner de l’instruction religieuse à la communauté sikhe au Québec? Qu’en penseriez-vous si un croyant sikh essayait de vous expliquer vos obligations selon le Code de droit canonique de l’Église catholique? Je gage que vous seriez pas mal choqué!

    C’est uniquement à la communauté sikhe et aux parents d’enfants sikhs à déterminer ce que leurs enfants doivent faire pour rester en conformité avec leurs devoirs religieux. Il est tout à fait inapproprié et insultant pour vous d’exprimer vos opinions au sujet de leur vie spirituelle.

    Il est absolument clair que la Fédération québécoise du soccer n’a aucune bonne raison pour exclure de ses terrains de jeux les jeunes sikhs qui portent des turbans ou autres couvre-têtes mandatées par leurs croyances et traditions. L’Association canadienne du soccer a fait ce qui est juste et respectueux en les permettant, étant donné que la seule raison possible pour les exclure serait la xénophobie.

    Nous devons tous avoir honte comme québécois de cette décision intolérante et méchante de la Fédération québécoise de soccer.

  7. Enfin, un commentaire intelligent sur le sujet! Ayant été accueilli dans une famille Sikh en Inde et y ayant visité quelques temples, je peux vous affirmer que le turban y perd effectivement des plumes… Les porteurs de turban y sont en minorité dans les temples. Mais les fidèles portent le foulard temporaire orange pour l’occasion. Les barbes sont rases, et les cheveux souvent courts. Sur la rue, ce qui distingue les Sikhs des autres indiens est maintenant simplement le bracelet. Seuls les ultra-orthodoxes portent encore les autres signes. Et la grande culotte de chasteté, obligatoire en principe pour tous, n’est plus portée que par les grands « prêtres ». Bizarre comme des symboles religieux supposément importants sont conservés par les fidèles et d’autres finalement totalement rejetés au fil des ans…Et, selon les dires de la femme du colonel sikh qui m’accueillait chez elle, ces signes n’étaient au départ, que pour différencier extérieurement les sikhs des autres indiens. Donc, une sorte de costume de clan. Quand verra-t-on des politiciens d’ici, devant prendre des décisions d’accommodation raisonnable, réellement instruits des origines et de la réelle portée des signes religieux? J’ai tellement souvent l’impression que nos dirigeants sont une bande d’aveugles menant un troupeau d’aveugles…