Près de 300 km en sept jours. Ski de fond le jour, conférences le soir. La Grande Traversée de la Gaspésie nourrit autant le corps que l'esprit. Notre reporter peut en témoigner.

Convoi bigarré de nomades dans un désert blanc, nous étions quelque 300 skieurs, en ce doux après-midi de février, rassemblés sur une piste tracée dans la neige recouvrant les eaux gelées de la splendide baie de Gaspé. Nous y glissions à la file indienne, heureux du soleil éblouissant et de ce ciel d'azur que nous recevions comme une récompense pour nos efforts. Nous n'aurions pu imaginer plus majestueux décor pour la dernière étape d'une aventure entreprise sept jours auparavant, à plus de 300 km de là!
Je n'avais jamais, de toute ma vie, pris part à un plus émouvant cortège. Comme beaucoup d'autres, j'en étais remué, même si je souriais de toutes mes dents. Oubliées les ampoules au talon. Oubliées les engelures et la torture des faux-plats qui s'éternisent. Oubliées les erreurs de fartage et ma technique parfois défaillante. Oubliées aussi les douleurs musculaires qui me rappelaient avec insistance mes limites physiques. Aux derniers instants de cette aventure ne me revenaient en tête que les plus belles sensations et les plus belles images de cette « terrible de belle semaine », comme on dit en Gaspésie: le contact intime avec le paysage, la dentelle des cristaux de neige dans la lumière oblique, le pic de l'Aurore sous le soleil d'hiver, les amitiés nouvelles et le silence apaisant des sentiers.
Quand nous avons franchi la ligne d'arrivée, rue de la Reine, au centre-ville de Gaspé, près des sculptures de glace géantes créées pour l'occasion, la population nous attendait et nous réservait ses applaudissements les plus nourris, dans une ambiance de fête foraine. On dit que Gaspé (Gespeg, en langue micmaque) désigne « la fin des terres ». Les traducteurs ont erré. Je crois plutôt que Gaspé veut dire « capitale de la chaleur humaine ».
La fondatrice et âme dirigeante de la grande Traversée de la Gaspésie, Claudine Roy, accueillait un à un les 300 fondeurs et distribuait les câlins à qui mieux mieux, se souvenant du prénom de chacun. Ce jour-là, même l'archevêque de Rimouski, Bertrand Blanchet, a chaussé ses vieux skis pour se joindre aux participants. « Que notre dernière étape nous rappelle que notre existence est aussi une traversée vers l'autre rive », a-t-il dit, confirmant du coup ce que je ressentais confusément depuis le début de l'expédition. Cette aventure dans les recoins les plus intimes du littoral gaspésien se veut plus qu'une manifestation sportive, culturelle et touristique. C'est aussi, pour ceux qui s'y abandonnent à fond, un pèlerinage, un peu comme l'est la route de Saint-Jacques-de-Compostelle pour d'autres. C'est un hiatus dans l'hiver, une halte au cours de laquelle on célèbre non seulement les plaisirs du ski de fond, mais aussi l'amitié et la solidarité. « Le temps est suspendu pendant une semaine. Ce n'est surtout pas une compétition. Ça va bien au-delà de la dimension sportive », dit la comédienne Isabel Richer, fidèle porte-parole et présidente honoraire à vie de la Traversée.






