Montréal : Michael Applebaum arrêté par l’UPAC

Le maire intérimaire de Montréal, Michael Applebaum, a été arrêté lundi matin. Il fait face à 14 chefs d’accusation pour complot, fraude, abus de confiance et actes de corruption.

par par Pierre Duchesneau et Philippe Gohier
Photo : Mario Beauregard / Presse canadienne

Photo : Mario Beauregard / Presse canadienne

Ces accusations touchent des projets immobiliers prévus dans l’arrondissement Notre-Dame-de-Grâce, lieu de résidence du maire Applebaum.

Au moment de son arrestation à son domicile, lundi matin — une opération préparée dans le plus grand secret —, Michael Applebaum, 50 ans, n’était pas menotté et a été amené en détention au quartier général de la Sûreté du Québec par des agents de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Il s’est abstenu de tout commentaire.

Deux autres personnes, Saulie Zajdel et Jean-Yves Bisson, ont également été arrêtées. Ils font respectivement face à cinq et quatre chefs d’accusation pour abus de confiance, complot, fraude envers le gouvernement et corruption dans les affaires municipales.

Applebaum, Zajdel et Bisson seront libérés plus tard dans la journée avec promesse de comparaître.

Ancien conseiller municipal de Côte-des-Neiges — Notre-Dame-de-Grâce (arrondissement dont Applebaum a été maire jusqu’à ce que celui-ci prenne la relève de Gérald Tremblay, il y a sept mois), Saulie Zajdel a aussi été un candidat — défait — du Parti conservateur dans Mont-Royal aux dernières élections fédérales. Il s’est également fait embaucher comme conseiller régional du ministre du Patrimoine canadien, James Moore, un poste qu’il a occupé jusqu’au printemps 2012.

Jean-Yves Bisson est un ex-fonctionnaire de Côte-des-Neiges — Notre-Dame-de-Grâce. Il remplaçait Robert Rousseau, le directeur des permis de l’arrondissement qui s’est suicidé en mars dernier, soit quelque temps après avoir été interrogé par des enquêteurs de l’UPAC. Il est soupçonné d’avoir reçu des avantages de l’homme d’affaires Tony Magi, un proche de la mafia montréalaise.

Dans une conférence de presse organisée à 10 heures lundi matin, les agents de la Sûreté du Québec n’ont pas divulgué de détails supplémentaires quant aux liens possibles dans cette histoire avec des entrepreneurs en construction et des membres du crime organisé, et ce, dans le but de protéger le travail des policiers de cette opération baptisée « Méandre ».

Réactions

En fin de journée lundi, Pauline Marois a balayé de la main la possibilité que Montréal soit mis sous tutelle. « Les élus qui sont là ont montré qu’ils étaient capables de travailler ensemble pour diriger correctement et convenablement Montréal. » La première ministre se compte toutefois parmi ceux qui croient que le maire Applebaum devrait « se retirer de la fonction qu’il occupe maintenant. »

Louise Harel, la chef du parti Vision Montréal, s’est dite « indignée » et opposée à l’imposition d’une tutelle, préférant « une solution montréalaise ». « Le maire [Applebaum] doit démissionner », a-t-elle dit, ajoutant que le gouvernement Marois devrait accompagner la Ville dans la recherche d’un nouveau maire intérimaire jusqu’au élections du 3 novembre prochain.

Maire de l’arrondissement Saint-Laurent, Alan De Sousa croit qu’il sera « très difficile pour [Michael Applebaum] de rester en poste et de faire un travail qui nécessite la confiance du public ». Concernant une possible mise en tutelle de la métropole, De Sousa estime qu’il vaut mieux éviter cette solution, étant donné que la Ville de Montréal « est une institution solide » et qu’« il y a encore des personnes honnêtes et crédibles au conseil municipal qui peuvent faire le travail ».

Candidat à la mairie de Montréal, Denis Coderre s’oppose lui aussi à la tutelle. Il suggère à Michael Applebaum de « réfléchir » et de « prendre ses propres décisions », a-t-il dit en conférence de presse.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, demande de son côté que Montréal soit placée sous tutelle et que Michael Applebaum démissionne. « C’est la seule façon de rétablir la confiance des Montréalais », estime-t-il.

Pour Françoise David, députée de Québec solidaire, « il serait sage que [Michael Applebaum] cède sa place ». « Les élections de novembre prochains seront une occasion pour les gens de Montréal, de Laval et d’ailleurs de mettre à la porte les vieilles cliques et d’élire de gens intègres au service de la population qui ne doivent rien aux firmes de construction ou aux promoteurs immobiliers », a-t-elle indiqué dans une déclaration écrite citée par La Presse.

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, exige lui aussi la démission immédiate d’Applebaum.

Bernard Généreux, président de la Fédération québécoise des municipalités, a qualifié la journée de « triste lundi ». « Après Montréal, Laval et Montréal à nouveau… Écoutez, ça dépasse l’entendement, a-t-il affirmé sur les ondes de RDI. [...] Tous les élus actuels sont un peu en conflit d’intérêts. »

Sylvain Gaudreault, ministre des Affaires municipales, exclut l’idée de la tutelle, mais exige du maire Applebaum qu’il démissionne. « Il a eu plusieurs appels à la démission, et pas seulement de moi. [... ] Ce sont des moments importants, les institutions marchent, et c’est une des raisons pour lesquelles M. Applebaum doit quitter : pour préserver la confiance envers les institutions », a dit le ministre en entrevue à La Presse.

Quant au ministre responsable de Montréal, Jean-François Lisée, il demande au maire Applebaum de quitter ses fonctions. Néanmoins, il n’envisage pas la mise sous tutelle de la métropole.

Au sujet de Saulie Zajdel, le ministre James Moore a dit de son ex-conseiller en 2012 qu’il avait fait « du bon travail ». Néanmoins, la présence de M. Zajdel dans l’équipe de conseillers du ministre du Patrimoine canadien avait créé quelques remous. Irwin Cotler, député libéral dans Mont-Royal, avait en effet dénoncé en décembre 2011 le rôle joué par Saulie Zajdel dans la circonscription, avançant qu’il agissait « comme un député fantôme payé par des fonds publics pour préparer sa prochaine campagne électorale », rapporte Le Devoir.

Projet résidentiel controversé

Des fonctionnaires de l’arrondissement Côte-des-Neiges — Notre-Dame-de-Grâce seraient intervenus à plusieurs reprises pour faciliter l’obtention de subventions et le processus d’approbation règlementaire pour un projet résidentiel piloté par une des compagnies du promoteur immobilier Antonio Magi.

Des documents obtenus par The Gazette contredisent les affirmations du maire Michael Applebaum (l’ancien maire de l’arrondissement) selon lesquelles les élus de Côte-des-Neiges — Notre-Dame-de-Grâce n’étaient pas impliqués dans le controversé projet immobilier sur Upper Lachine. Selon Applebaum, le projet aurait été présenté à l’arrondissement par le département de l’habitation de la ville comme un fait accompli.

Cependant, ces documents démontrent que le directeur de l’arrondissement a mis de la pression sur la Commission des services électriques de Montréal pour que celle-ci accepte de changer sa recommandation quant à l’enfouissement des fils électriques sur le site. La Commission avait entre autres exprimé la crainte que la présence de fils en surface compromette la sécurité des lieux dans le cas d’un incendie.

Les documents démontrent aussi que l’arrondissement a caché l’ampleur de son rôle dans l’obtention de subventions et le processus d’approbation du projet de 160 unités sur les avenues Wilson et Harvard.

L’entrepreneur Lee Lalli a réalisé des profits de 900 % lorsqu’il a vendu le futur site du projet immobilier à Magi en janvier 2005.

Lalli, qui a organisé des levées de fonds pour Michael Applebaum (lorsque ce dernier était maire d’arrondissement et membre d’Union Montréal), ainsi que pour l’ancien conseiller Marcel Tremblay, a déboursé 350 000 $ en 1999 pour le site industriel situé au 5757, Upper Lachine. Il a fait cette acquisition par l’entremise d’une société à numéros.

Cinq ans plus tard, l’entreprise de Lalli vendait le site à Construction F.T.M. inc., une compagnie appartenant à Magi, pour 3,2 millions de dollars. Le frère d’Antonio Magi, Ricardo Magi, agissait à titre de représentant au moment de la transaction.

Un mois plus tard, un département municipal accordait des subventions à Construction F.T.M. inc. d’une valeur presque identique — soit 3,14 millions de dollars — pour financer le projet immobilier.

MISE À JOUR :

Les faits reprochés à Michael Applebaum concernent plutôt deux autres projets entrepris dans Côté-des-Neiges — Notre-Dame-de-Grâce, soit le Centre sportif de Notre-Dame-de-Grâce ainsi qu’un immeuble à condos située au 3300, avenue de Troie, rapporte La Presse du 18 juin.

 

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Sources:
Radio-Canada, La Presse, Le Devoir, The Gazette et La Presse canadienne

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