À peine sorties du bourbier afghan, les troupes canadiennes pourraient être appelées à plonger dans les nouvelles poudrières de la planète : Soudan, République démocratique du Congo, Pakistan… Les missions de paix, c’est fini!

À Kandahar, l'écho des détonations déchire le silence jour et nuit. Depuis que les troupes américaines ont débarqué en masse dans le Sud afghan cet été pour rejoindre les soldats canadiens, la guerre contre les talibans a augmenté en intensité. Mais à 10 000 km de là, dans les couloirs du parlement, à Ottawa, les députés de l'opposition et les sénateurs commencent déjà à discuter d'une question incontournable : que fera-t-on de l'armée canadienne après l'Afghanistan ?
Des comités parlementaires y réfléchiront au cours des prochains mois, alors que le Canada s'apprête à se retirer d'Afghanistan, en juillet. « Le pays achète beaucoup de matériel militaire, mais il veut en faire quoi ? On n'a jamais vraiment défini le type de mission auquel l'armée se destine. Il faut un débat public », affirme Claude Bachand, porte-parole du Bloc québécois en matière de défense.
Dans les hautes sphères du gouvernement, tant au cabinet du premier ministre, Stephen Harper, qu'au siège de la Défense, au centre-ville d'Ottawa, l'heure n'est plus à la discussion. La question est déjà tranchée : l'armée est un élément important de la politique étrangère canadienne, et pour en tirer le maximum, les soldats doivent aller au front, là où ça brasse.
Depuis quatre ans, toute la machine fédérale a pris le virage vers une armée centrée sur les opérations difficiles. Le mouvement s'est tranquillement amorcé sous le premier ministre libéral Paul Martin et l'ancien chef d'état-major Rick Hillier, puis il s'est accéléré avec les conservateurs. La fin de la mission en Afghanistan ne modifiera pas cette trajectoire. Même si 84 % des Québécois souhaitent que le Canada revienne à des opérations de maintien de la paix sous le drapeau de l'ONU, ainsi que le révèle un récent sondage CROP-L'actualité, les Forces canadiennes s'entraînent et s'équipent pour affronter du costaud.
« Les Canadiens ne mesurent pas encore l'ampleur des changements et les conséquences qu'ils vont avoir sur une longue période », affirme Michael Byers, spécialiste en géopolitique internationale à l'Université de la Colombie-Britannique.
Au ministère de la Défense, on refuse d'accorder des entrevues sur le sujet. Mais les stratèges militaires ont rédigé discrètement un document de 150 pages qui sert de guide à l'orientation des Forces canadiennes. Cette analyse détaillée, intitulée L'environnement de la sécurité future 2008-2030, aborde les tendances géopolitiques, socioéconomiques et militaires émergentes.





