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Requiem pour Le Journal de Montréal


5 Novembre 2010

Hier navire amiral de Quebecor, Le Journal de Montréal n’est plus que l’ombre du quotidien indépendant qu’il a déjà été. Paule Beaugrand-Champagne, ex-rédactrice en chef de la publication, dénonce l’aveuglement de son propriétaire.

Requiem pour un journal
Photo : Marie-Reine Mattera

Chaque fois que je passe près de Sainte-Adèle, en montant dans les Laurentides, et que je croise la sortie du chemin Pierre-Péladeau - celui-là même qui mène à la maison des « star-académiciens » -, j'ai une pensée pour cet homme, pour son Journal de Montréal, qu'il aimait tant, et pour ses journalistes et employés, que son fils tient en lockout depuis 21 mois. J'enrage, mais surtout, je suis triste.

L'« offre globale » (à prendre ou à laisser) de celui-ci à la mi-octobre, rejetée massivement par les syndiqués, témoigne très nettement de ce qu'il entend faire du quotidien fondé par son père. C'est vraiment un deuil qu'il me faut faire.

Ce fils, Pierre Karl, surnommé par tous « PKP », est en train de détruire l'œuvre préférée de son père, à l'origine de l'empire qu'il dirige maintenant tel un tsar. Du navire amiral qu'était le JdeM, il est en train de faire une petite frégate au service de sa vision éditoriale personnelle. Son autorité est sans limites au sein de Quebecor : il ne s'embarrasse pas de cadres ou d'employés qui ne pensent pas comme lui ou n'obéissent pas au doigt et à l'œil. Il achète leur départ assez cher pour avoir la paix s'ils sont cadres ou les remercie du jour au lendemain s'il s'agit de non-syndiqués.

Quant à ses employés syndiqués, PKP a entrepris de les « casser », tout simplement. Le lockout du Journal de Montréal, décrété le 24 janvier 2009, est le 13e sur les 14 qui ont eu lieu au sein de Quebecor depuis une quinzaine d'années (le 14e a touché l'hebdomadaire Le Réveil, à Saguenay). Or, PKP en est le grand patron depuis près de 12 ans. Il ne s'en cache pas, d'ailleurs, le Code du travail lui est une douloureuse épine au pied. Selon des dirigeants syndicaux, le vice-président aux ressources humaines du Journal aurait déclaré à la table de négociation : « Je ne veux plus jamais avoir à m'entendre avec un syndicat ! » Dur, dur à accepter pour un syndicat de journalistes et d'employés de bureau qui, en 40 ans d'existence, n'a connu aucun conflit de travail.

Ce que ces syndiqués ont obtenu au cours des années, au terme des différentes négociations pour le renouvellement de leur convention collective, c'est le meilleur contrat de travail imaginable en Amérique dans le monde des médias. « Monsieur P. » (Pierre Péladeau) ne voulait surtout pas de grève dans son journal, qu'il avait fondé pendant le long conflit à La Presse, en 1964, et leur a toujours consenti ce qu'il fallait pour « régler ».

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Commentaires (1)

Ce ne sera pas le premier

Ce ne sera pas le premier fils à avoir saccagé le grand oeuvre de son père...

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