Ses troupes traquent les voleurs en cravate aussi bien que la mafia de la construction. Richard Deschesnes,
le grand patron de la Sûreté du Québec, peut-il faire un succès de l’opération Marteau et, ainsi, sauver la peau du gouvernement Charest ?

Richard Deschesnes, le grand patron de la Sûreté du Québec, doit beaucoup à une clôture. Une barrière de sécurité, en fait. Les images de manifestants antimondialisation tentant de franchir le grillage de quatre mètres de haut dont il avait fait entourer une partie du Vieux-Québec, en 2001, ont fait le tour du monde. Le succès des forces de l'ordre à protéger la quiétude des 34 chefs d'État réunis au Sommet des Amériques, lui, a fait le tour de quelques bureaux... Et pour Richard Deschesnes, coordonnateur des opérations de sécurité lors du Sommet, cette barrière s'est transformée en tremplin.
Sept ans plus tard, le « p'tit gars de Chicoutimi » était à la tête de la Sûreté du Québec !
Sa « shop », comme il l'appelle, n'a plus rien à voir avec l'image de la police « juste bonne à donner des contraventions sur l'autoroute » qui a longtemps collé à la SQ. Ni avec la police aux méthodes douteuses que dénonçait le rapport de la commission Poitras en 1999. La SQ est aujourd'hui le plus grand corps de police du Québec, avec plus de 5 400 policiers et 1 700 civils - devant le Service de police de la Ville de Montréal.
La « shop » que dirige Richard Deschesnes est, d'un côté, la « police de pointe » du Québec, celle qui court après les plus grands bandits. C'est elle qui, au printemps 2009, a fait arrêter 106 membres des Hells Angels lors de l'opération SharQc.
C'est aussi « la plus grosse police de village », puisque la SQ patrouille dans 1 041 municipalités, où vivent 2,4 millions de Québécois. Et où chacun des maires considère que Deschesnes est « son » chef de police !
Et 2010 est occupée pour le chef Deschesnes. Le gouvernement Charest lui a lancé une « patate chaude », l'automne dernier, en confiant à la SQ le mandat d'enquêter sur les allégations de corruption dans le monde de la construction. Ce dossier, hautement politique, fait régulièrement les manchettes. De plus, les employés de la SQ sont en négociation avec leur employeur, l'État québécois. Le syndicat des policiers risque de la jouer politique à défaut de pouvoir faire la grève. Un cocktail explosif, qui forcera le directeur général à déployer des trésors de diplomatie.
Il y a longtemps que Richard Deschesnes, 50 ans, sait que les bouillonnants chefs de police qui gèrent les crises à coups de jurons sont des mythes tout droit sortis des vieilles séries télévisées. Deschesnes, lui, gère un empire. Empire dont le patron est le ministre de la Sécurité publique. Une situation qui peut parfois être plus stressante que d'affronter des manifestants occupés à lancer des peluches avec une catapulte, comme au Sommet de Québec, en 2001 !






