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Ses objets changent la vie


29 Octobre 2011

Michel Dallaire a conçu la torche olympique des Jeux de 1976, le mobilier de la Grande Bibliothèque et le Bixi, entre autres. Portrait d’un designer industriel qui puise une partie de son inspiration, et de son talent, dans une histoire familiale peu banale.

Michel Dallaire : ses objets changent la vie
Photo : P. Jasmin

Il a donné au Bixi, ce vélo en libre-service « qui revient toujours à son port », des allures de boomerang. À la torche olympique des Jeux de 1976, qui avait enflammé Montréal et le monde par sa beauté, un petit quelque chose des quenouilles de son enfance. Et au moniteur de surveillance pour bébé Angelcare, l'air... d'un ange !

Depuis 44 ans, le designer industriel Michel Dallaire laisse son empreinte sur le Québec contemporain. « Il a donné à notre identité collective quelques-unes des formes qui la définissent », a écrit Yves Deschamps, historien de l'architecture.

Les sièges de la nouvelle salle de spectacle du Musée des beaux-arts de Montréal - la salle Bourgie, qui a été inaugurée cet automne - portent aussi la signature de Dallaire. Et ceux de l'amphithéâtre IBM de HEC Montréal. Le mobilier de la Grande Bibliothèque également. Tout comme les bancs publics, lampa­daires et poubelles qui font la personnalité du Quartier international de la métropole, entre le Vieux-Montréal et le centre-ville. Sans compter une pléthore d'objets utilitaires, qui remportent des prix de design partout dans le monde : support à skis, ustensiles pour barbecue, vaisselle d'avion, mallette en plastique...

Michel Dallaire, 69 ans, est assis à une grande table au fond de son bureau, barbe blanche parfaitement taillée, pull élégant et pantalon noirs. Au mur, quelques-unes des récompenses que le designer industriel le plus en vue du Québec a reçues en carrière (Ordre du Québec, Ordre du Canada, prix Paul-Émile-Borduas, deux doctorats honoris causa). Sur un meuble, un prototype de la torche olympique de 1976, que le maire de Montréal Jean Drapeau n'aimait pas, mais qui fut choisie parce que les membres du CIO en étaient fous. « Alors, que voulez-vous savoir ? » me demande le designer.

L'homme m'intrigue depuis notre première rencontre, quelques mois plus tôt. Ce jour-là, j'attendais un designer industriel, et j'ai fait la connaissance d'un poète. D'un philosophe. D'un mélomane - fou de baroque -, qui compare son travail de designer à celui d'un chef d'orchestre. « Mes instruments s'appellent fer, aluminium, plastique, verre, bois. » D'un homme sympathique, chaleureux, exubérant, qui cite Nancy Huston, García Márquez, et paraphrase le philosophe allemand Schelling : « Le design est de la musique figée. »

Pour Michel Dallaire, il n'y a pas de petite réalisation. Quoi qu'il crée, il y injecte une dose d'émotion. Induit ce goût de posséder ou d'utiliser. « Cela a à voir avec la séduction », dit-il.

Séduire est un art qu'il pratique depuis l'enfance, lorsqu'il allait d'emblée, souriant, vers les inconnus, peut-être pour chercher l'approbation et l'affection qui faisaient défaut dans sa famille.

Michel Dallaire est né dans la France occupée. Comme beaucoup d'artistes de l'époque, son père, le peintre Jean Dallaire, s'est établi dans ce pays, en 1938, avec sa jeune épouse, à la faveur d'une bourse de l'État québé­cois. Pendant toute la durée de la guerre, il est détenu par les Alle­mands (les Canadiens, sujets britanniques, étaient considérés comme des ennemis). Sa femme, la belle Marie-Thérèse, se rapproche alors de celui qui partage l'atelier de Dallaire, Claude Dodane, fils d'une grande famille d'horlogers français. De leur idylle naîtra Michel - qui n'apprendra la vérité qu'à l'adolescence.

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Le Bixi, les objets utilitaires (ustensiles pour barbecue) et les meubles (chaise Linéa), toutes ces
réalisations exigent la même démarche créative, qui se fait souvent dans l'angoisse et le doute.
(Photos fournies par le designer)

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