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Terre-Neuve : place aux néofrancophones !


4 Mai 2010

Drôle de francophonie que celle de Terre-Neuve-et-Labrador. Dynamique, en constante progression, revendicatrice,
elle est composée d’une majorité... d’anglophones ! Seraient-ils l’avenir du français dans ce coin de pays ?

Terre-Neuve : place aux néofrancophones !
Photo : Michel Huneault

Il n'a fallu que quelques mots - « A Guinness and the menu, please » - pour que le serveur du Duke of Duckworth, à St. John's, décèle l'accent québécois. Et qu'il engage, dans une syntaxe impeccable, une longue conversation en français. Vocabulaire étendu, humour en prime.

De telles scènes étaient inimaginables lors de l'adhésion, à reculons, de Terre-Neuve à la Confédération, en 1949. La province comptait alors une seule petite collectivité de francophones dans la péninsule de Port-au-Port, sur la côte ouest de l'île.

Voir le photoreportage « Francophonie de Terre-Neuve-et-Labrador: anglos en renfort dans la capitale » >>

Une soixantaine d'années plus tard, la francophonie « officielle » compte quelque 2 000 personnes, principalement regroupées à Port-au-Port, Labrador City et St. John's. C'est une infime fraction du demi-million d'habitants de la province. Mais une autre francophonie connaît un essor remarquable, celle des anglophones capables de s'exprimer en français. Depuis 1991, ils sont passés de 10 000 à près de 25 000. Et c'est sans compter les 6 000 à 8 000 jeunes inscrits, bon an, mal an depuis 2000, dans des classes d'immersion. Une effervescence qui se fait sentir à St. John's.

C'est depuis le début des années 1960 que des Acadiens des Maritimes, des Québécois, des Français de Saint-Pierre-et-Miquelon et du continent ont commencé à jeter l'ancre pour de bon dans la capitale. Les pionniers étaient pour la plupart des professionnels travaillant pour l'État fédéral ou l'Université Memorial. D'autres francophones hors Québec, et récemment des Africains, les ont rejoints. Parfois pour le travail, souvent pour retrouver l'âme sœur. Tant et si bien qu'en 2010 on dénombre près de 700 francophones à St. John's, qui devance Port-au-Port (500) et Labrador City (400).

Dans une agglomération de 120 000 habitants, 700 francophones, c'est peu. Mais les autorités fédérales et provinciales ont dû apprendre à composer avec eux. En 2005, au terme d'une bataille qui a duré un quart de siècle, les francos de St. John's inauguraient le Centre scolaire et communautaire des Grands-Vents, à proximité du parlement. D'un coup, ils avaient un lieu de rassemblement, un toit pour les associations officielles de la francophonie et, surtout, une école francophone, aujourd'hui fréquentée par une cinquantaine d'enfants et d'adolescents.

« Les Grands-Vents, et principalement l'école, jouent un rôle majeur dans la décision de nombreuses familles francophones de rester à St. John's. Mais elles sont loin de représenter l'ensemble de la francophonie et du fait français », observe l'anthropologue Peter Armitage. Originaire de la Colombie-Britannique, titulaire d'une maîtrise de l'Université Laval, Peter Armitage est un digne représentant de l'autre francophonie, qui se fait de plus en plus voir et entendre à St. John's. Et qui émane des anglophones.

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