Société »

Trop accommodant, le Québec ?


12 Septembre 2007

Pas de dessins d’Halloween pour les élèves Témoins de Jéhovah, pas de musique pour certains chrétiens évangéliques. Dans les écoles, les « accommodements » ne servent pas que les immigrants. Enquête en pays réel.

« Pour nous, le visage de l’islam, c’est le petit Mohammed, qui est dans la classe, à son affaire, qui coopère et qui est charmant comme ses parents », dit Irène Harper, directrice depuis 12 ans de l’école primaire Barclay, une des plus multiethniques de l’île de Montréal.

La diversité culturelle à l’école, c’est la réalité d’Irène Harper depuis 30 ans. Cette Québécoise d’origine écossaise ne revient pas de la tournure qu’a prise le débat sur les accommodements raisonnables dans les médias québécois ces deux dernières années. « On a l’impression qu’on est toujours aux prises avec des choses désagréables, et ce n’est pas la réalité », dit-elle d’une voix empreinte d’affection pour les enfants qu’elle s’apprête à quitter pour prendre sa retraite.

L’école Barclay, ce sont 730 enfants du quartier Parc-Extension, qui parlent 39 langues et qui ont des racines dans 50 pays différents. Le voile islamique, le kirpan, les exemptions de cours de musique ou de baignade ne sont pas le premier souci de la directrice. Il y a bien quelques fillettes qui portent le hidjab, mais ça ne dérange à peu près personne. Et aucun local n’est réservé à la prière.

Irène Harper a reçu, en 12 ans, deux demandes d’être dispensé des cours de musique — matière que les tenants d’un islam très rigoriste évitent et que certains évangéliques désapprouvent. Mais dans chaque cas, l’enfant a fini par se joindre au reste du groupe. « Je n’ai pas eu plus de demandes qu’à mon ancienne école, où des Témoins de Jéhovah désiraient que leurs enfants soient exemptés des cours où il était question de l’Halloween. » Lorsque cela arrivait, l’écolier était simplement invité à faire son dessin ou son bricolage sur un autre thème. « Parce que c’est la compétence en dessin qui importe, pas de dessiner une sorcière », dit Irène Harper.

Les cours de natation lui donnent un peu de fil à retordre, elle en convient. Elle a cependant mis à contribution une maman de religion musulmane : celle-ci téléphone aux rares parents qui ne veulent pas laisser leur fille participer à un cours mixte, leur explique qu’il y a des vestiaires séparés pour les filles et les garçons. Et leur refile des adresses où se procurer un maillot de bain qui couvre tout le corps — on en trouve notamment dans Internet, mais aussi dans certains magasins spécialisés de Montréal. « On a rallié à notre point de vue la plupart des familles, dit la directrice. Mais il y en a qui, je pense, ne changeront jamais d’avis. » Dans ces cas-là, l’enfant suit un cours d’éducation physique traditionnel au gymnase.

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