Un peu partout, des catholiques en colère dénoncent les gaffes répétées de Benoît XVI, et affirment que leur Église ne leur appartient plus.

La coupe déborde ! Fatigués de se faire dire quoi penser, ulcérés de l'arrogance de la monarchie vaticane, des fidèles s'insurgent, des religieux contestent, des évêques résistent. Inexistante depuis des décennies, une opinion publique vient de surgir dans l'Église après les trop nombreuses gaffes de sa hiérarchie, à commencer par celles du pape.
Il faut remonter à 1962 pour retrouver un tel climat de contestation des excès du pouvoir romain au sein de l'Église. Cette année-là, 2 365 évêques du monde entier sont convoqués à Rome par Jean XXIII pour un concile - Vatican II - destiné à mettre à jour la doctrine catholique. Or, la curie (la hiérarchie ecclésiastique du Vatican), n'écoutant que ses vieux réflexes, a déjà balisé le concile: elle a placé ses hommes aux postes névralgiques et rédigé des textes, comme si elle se méfiait de cette assemblée cosmopolite et si peu romaine. Devant cette manœuvre, les évêques se révoltent. Ils disent non à la tentative de mainmise de la curie et reprennent leur liberté de parole et d'action. Un vent nouveau va souffler sur l'Église...
Cette liberté, Claude Lefebvre, grand gaillard de 76 ans aux allures de bûcheron, curé de la paroisse Saint-Étienne, dans le quartier montréalais de Rosemont-La Petite-Patrie, la réclame comme un héritage auquel il a droit. Son verdict est tranchant: «La curie contrôle tout, le concile a été étouffé.» Il fait sienne la revendication contenue dans les mémoires du Suisse Hans Küng (Mon combat pour la liberté), célèbre théologien contestataire: «Au totalitarisme de l'Église, il faut opposer la liberté de conscience, la liberté du chrétien.»
Signe des temps, le curé Lefebvre me reçoit dans un petit bureau de l'avenue Christophe-Colomb, là où se dressait une église, démolie en 2002, qui pouvait contenir des centaines de fidèles. Adjacente à cette pièce, une salle de la dimension d'un grand salon suffit aujourd'hui aux rares pratiquants qui assistent à l'une ou l'autre des deux messes que célèbre Claude Lefebvre la fin de semaine. «Je ressens beaucoup le fait qu'on est dans un monde où les curés ne sont pas crédibles, laisse-t-il tomber, un peu mélancolique. Il y eut un temps, au Québec, où un curé jouissait d'une certaine autorité avant même d'ouvrir la bouche. Maintenant, c'est l'inverse. Avant même d'ouvrir la bouche, t'es un gars pas intéressant, pas crédible, tu peux pas avoir une pensée personnelle.»
Claude Lefebvre regrette par-dessus tout que se soit perdue l'inspiration de Vatican II, qui avait défini l'Église comme «peuple de Dieu». «Ce qui domine dans cet esprit, c'est la communauté des croyants. Aujourd'hui, on en est revenu à la primauté du pape et de la curie.» Benoît XVI continue sur la lancée de Jean-Paul II, qui a mis en place les instruments de contrôle de la vie de l'Église. «Il ne se produira rien, avec le pape actuel.»





