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Trop sexy pour travailler ?


19 Août 2010

Peut-on congédier une employée parce qu’elle affiche ses formes voluptueuses au boulot ? Non, tonne la juriste Deborah Rhode, qui y voit une entorse aux droits et libertés des travailleurs.

Trop sexy pour travailler ?
Photo : Art Vandalay/Getty Images

Debrahlee Lorenzana n'avait pas le droit de porter de cols roulés à la banque. Pas de tailleurs cintrés, de jupes crayons ni de talons vertigineux non plus. Ses anciens patrons de Citibank, à New York, lui avaient interdit ces tenues parce qu'elles mettaient trop en valeur ses courbes généreuses et que cela déconcentrait ses collègues masculins. Dans une poursuite intentée l'an dernier contre son ex-employeur, la voluptueuse banquière se plaint d'avoir été virée pour excès de sex-appeal. L'affaire sera soumise à l'arbitrage.

Le marché du travail n'est pas tendre envers ceux qui n'ont pas le look de l'emploi. Au Québec, des serveuses ont été congédiées à cause de leurs bourrelets. Des pompiers ont été sanctionnés en raison de leurs cheveux longs. Un élu municipal a failli être expulsé du conseil pour avoir refusé de nouer une cravate à son cou. Chez les programmeurs informatiques et autres geeks, ce sont plutôt les cotons ouatés, les jeans et les chaussures de sport qui sont de rigueur.

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Certains employeurs réglementent le style des complets, la longueur des bermudas, la tonte de la barbe, les bijoux, le maquillage, voire la profondeur du décolleté. Des balises nécessaires, disent-ils, pour gérer leur image de marque ou encore pour préserver un minimum de décorum sur les lieux de travail.

Mais selon Deborah Rhode, professeure de droit et directrice du Centre sur la profession juridique de l'Université Stanford, en Californie, cette obsession de l'appa­rence porte atteinte aux droits et libertés des travailleurs. Les gens devraient être évalués d'après leur compétence, pas sur des aspects extérieurs qui n'ont rien à voir avec leurs tâches, affirme-t-elle dans un essai incisif, The Beauty Bias : The Injustice of Appearance in Life and Law. Priver quelqu'un d'un poste en raison de son image constitue à ses yeux une forme de discrimination, au même titre que les exclusions fondées sur le sexe, l'âge, l'origine ethnique ou la religion. Et cela devrait être puni par la loi. L'actualité a joint l'auteure à son bureau de Stanford.

Beaucoup de gens considèrent qu'il est naturel et inévitable de juger les autres d'après leur apparence. Au contraire, vous dénoncez le fait que la société accepte encore cette forme d'intolérance. Pourquoi ?

- La loi protège les personnes contre le sexisme, le racisme, la discrimination selon la religion ou le handicap, mais pas selon l'apparence. Pourtant, ce type de stigmatisation est aussi répandu que les autres : de 12 % à 16 % des Américains déclarent en avoir été victimes.

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Commentaires (2)

Le travail et

Le travail et l’accoutrement!
Quoique dans son ensemble, votre article («Trop Sexy Pour Travailler? Sep. 2010 – l’Actualité ») soulève des points importants sur l’habillement au travail, l’histoire de la femme de CitiBank m’a laissé un goût amer dans la bouche. De lire que celle-ci a perdu son boulot parce que ses courbes détractaient les hommes de leur travail m’a laissé perplexe. Je suis d’accord que s’emmener au boulot en string, sans soutien gorge avec les seins en l’air pousse le bouchon loin mais je n’ai lu nulle part que tel était son comportement. C’est un crime de nos jours d’être belle et d’ajouter jupes et talons à cela?
Il est indignant que de nos jours, l’homme semble vouloir couvrir sa carence intellectuelle avec des ignominies pareilles. Comme le journaliste là si bien dit, « une femme séduisante peut être perçue comme moins compétente » et ceci s’avérerait encore pire « pour celle qui [aurait] une grosse poitrine ». Si je comprends bien, si une femme veut une carrière, celle-ci devrait être laide pour satisfaire l’ego de l’homme qui la prendrait au sérieux tout d’un coup?
De nos jours, une femme se fait violer et on blâme son accoutrement, un homme n’arrive pas à se concentrer au boulot, c’est la même excuse. Cette femme de CitiBank a toutes les raisons de porter plainte. Je pense que la loi serait de son côté, du moins celle du Québec qui ne stipule nulle part que porter des talons ou avoir une forte poitrine est un crime dans le monde du travail. La loi maintient néanmoins qu’il faut respecter son milieu de travail en s’habillant de façon professionnelle. Enfin, je pense qu’il y a bien des problèmes plus importants dans le monde comme les guerres et la famine qui méritent plus d’attention.
Merci!
Rosette

Je vous félicite pour votre

Je vous félicite pour votre article sur le code vestimentaire au travail, que j’ai lu avec
beaucoup d’intérêt (« Trop sexy pour travailler? », L’actualité, 15 sept. 2010). Certains des
points soulignés par Madame Rhode dans l’article ont éveillé ma curiosité. Elle fait bien de
mentionner qu’il y a de la discrimination dans le monde du travail en ce qui concerne
l’apparence de l’individu, soit à cause de son sexe, son ethnie, son poids, sa taille ou la couleur
de peau. Il est aussi vrai que les employeurs ont souvent trop de pouvoirs législatifs sur la tenue
et l’image de leurs employés. Cela étant dit, je crois qu’il est important de faire la distinction
entre l’apparence naturel d’une personne et les modifications qu’une personne puisse faire à
celle-ci. Il est impossible de changer notre taille tel qu’il est impossible de changer notre identité
ethnique ou culturelle et il est bien difficile de changer notre poids ou notre aspect physique.
Lorsqu’il s’agit de ces aspects, les employeurs ne devraient pas avoir le droit de rejeter un
candidat ou de discriminer contre un employé. Par contre, si ces mêmes employés décident de
s’habiller de façon provocatrice ou de modifier leur apparence naturelle de quelconque façon,
leurs patrons devraient avoir le droit d’imposer des restrictions. Bien sûr, je suis d’accord qu’on
laisse de la liberté à s’exprimer, mais jusqu'à quel point? Quels types d’articles et accessoires
sont acceptables et lesquels le sont pas? Quand est-ce qu’on doit imposer des restrictions? Ce ne
sont pas des questions qui sont faciles à répondre, puisqu’ à la fin c’est toujours une question de
subjectivité. Les employeurs doivent imposer des limites au droit d’expression et les employés
en revanche, doivent savoir où se limiter pour ne pas avoir de chicanes avec leur patrons.

Drasko, Toronto.

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