Peut-on congédier une employée parce qu’elle affiche ses formes voluptueuses au boulot ? Non, tonne la juriste Deborah Rhode, qui y voit une entorse aux droits et libertés des travailleurs.

Debrahlee Lorenzana n'avait pas le droit de porter de cols roulés à la banque. Pas de tailleurs cintrés, de jupes crayons ni de talons vertigineux non plus. Ses anciens patrons de Citibank, à New York, lui avaient interdit ces tenues parce qu'elles mettaient trop en valeur ses courbes généreuses et que cela déconcentrait ses collègues masculins. Dans une poursuite intentée l'an dernier contre son ex-employeur, la voluptueuse banquière se plaint d'avoir été virée pour excès de sex-appeal. L'affaire sera soumise à l'arbitrage.
Le marché du travail n'est pas tendre envers ceux qui n'ont pas le look de l'emploi. Au Québec, des serveuses ont été congédiées à cause de leurs bourrelets. Des pompiers ont été sanctionnés en raison de leurs cheveux longs. Un élu municipal a failli être expulsé du conseil pour avoir refusé de nouer une cravate à son cou. Chez les programmeurs informatiques et autres geeks, ce sont plutôt les cotons ouatés, les jeans et les chaussures de sport qui sont de rigueur.
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Certains employeurs réglementent le style des complets, la longueur des bermudas, la tonte de la barbe, les bijoux, le maquillage, voire la profondeur du décolleté. Des balises nécessaires, disent-ils, pour gérer leur image de marque ou encore pour préserver un minimum de décorum sur les lieux de travail.
Mais selon Deborah Rhode,
professeure de droit et directrice du Centre sur la profession juridique de l'Université
Stanford, en Californie, cette obsession de l'apparence porte atteinte aux droits
et libertés des travailleurs. Les gens devraient être évalués d'après leur compétence,
pas sur des aspects extérieurs qui n'ont rien à voir avec leurs tâches, affirme-t-elle
dans un essai incisif, The Beauty Bias : The Injustice of Appearance in Life and Law. Priver quelqu'un d'un poste en raison de son image
constitue à ses yeux une forme de discrimination, au même titre que les exclusions
fondées sur le sexe, l'âge, l'origine ethnique ou la religion. Et cela devrait être
puni par la loi. L'actualité a joint
l'auteure à son bureau de Stanford.
Beaucoup de gens considèrent qu'il est naturel et inévitable de juger les autres d'après leur apparence. Au contraire, vous dénoncez le fait que la société accepte encore cette forme d'intolérance. Pourquoi ?
- La loi protège les personnes contre le sexisme, le racisme, la discrimination selon la religion ou le handicap, mais pas selon l'apparence. Pourtant, ce type de stigmatisation est aussi répandu que les autres : de 12 % à 16 % des Américains déclarent en avoir été victimes.





