Les sociétés occidentales souffrent d’un manque de virilité qu’il est urgent de combler, plaide un professeur de Harvard. Et tant pis pour ceux qui voudraient que les petits garçons cessent de jouer aux cowboys !

Un monde sans virilité serait un monde médiocre, affirme Harvey C. Mansfield, professeur de philosophie politique à Harvard. Or, elle est une espèce en péril ! La virilité, qu'il définit comme « le courage dans une situation de risque », incite au leadership, à l'indépendance et tient compte de l'honneur. À ne pas confondre avec le machisme et le masculinisme. La virilité est surtout l'apanage des hommes, mais il y a aussi des femmes viriles - chefs d'État (comme Margaret Thatcher), athlètes, dirigeantes d'entreprise.
Qui sont les hommes virils ? Le professeur énumère quelques figures issues de l'histoire ou du mythe : le président américain Theodore Roosevelt, le comédien cowboy John Wayne, l'écrivain Ernest Hemingway, le héros homérique Achille, les philosophes stoïciens, Humphrey Bogart dans Casablanca. Il confère également ce titre à l'ensemble des athlètes professionnels et aux personnages politiques en général. Et donne une place de choix au gentleman, type masculin aujourd'hui en voie d'extinction, ce qu'il déplore.
La virilité aiguillonnait aussi les terroristes qui ont perpétré les attentats du 11 septembre, reconnaît l'auteur de Manliness, un essai dénonçant l'érosion des différences entre les sexes dans la société. Mais elle animait également les pompiers sauveteurs montés à la rescousse des victimes du World Trade Center au péril de leur vie, de même qu'elle anime les militaires qui pourchassent ces terroristes encore aujourd'hui. Elle est donc capable du pire comme du meilleur. Au lieu de chercher à neutraliser cette impulsion naturelle, comme c'est actuellement la tendance, nos sociétés devraient plutôt l'encourager en l'éduquant, croit le professeur Mansfield.
Ce spécialiste de Machiavel et d'Alexis de Tocqueville a eu droit à une volée de bois vert après la sortie de Manliness, en 2006. Des féministes, des journalistes, des universitaires et de simples lecteurs l'ont houspillé : « Rétrograde », « Réactionnaire », « Misogyne », « Désespéré ». « Comme le personnage du film Austin Powers, Mansfield semble pris dans un vortex sémantique », s'est même moqué Walter Kirn, critique littéraire au New York Times. Le professeur Mansfield a donné des entrevues presque chaque jour pendant des mois pour défendre la virilité, sans laquelle, croit-il, « nous serions non existants, ennuyeux, moralement morts ».
Sans compter que s'il n'y a pas de respectabilité à être viril, certains jeunes hommes dériveront vers la violence. Ils adopteront des comportements extrêmes et choisiront la transgression, parce qu'ils identifieront l'ordre public à l'ennui et à la médiocrité. L'actualité a joint Harvey Mansfield à l'Université Harvard.





